La fissure est apparue sans bruit, une strie sur le miroir qui refuse de s’effacer.
Le jour a désormais le goût du fer. C’est un glissement de terrain dans la conscience, une seconde où le reflet accuse un temps de retard. Le corridor s’étire lentement, exhalant son haleine de soufre et de craie. Dans son sillage, des formes fantomatiques s'enroulent dans des linceuls de lumière électrique. Elles vacillent, entravées par des liens d'obsessions si serrés qu'ils entament leur chair. Elles voudraient crier, mais le cri se fait texture : un voile de gaze qui s'étouffe autour de leur gorge.
Le parcours s'enfonce au-delà de la raison, là où les peurs primaires attendent, pareilles à des racines anciennes. Ce n’est pas une fuite, mais une immersion dans cette nef sourde où la lucidité est une brûlure et le délire, une caresse de glace. On ne peut chercher l’issue, car la faille n'est plus sur le miroir : elle est l’œil même qui regarde.
L’humanité s’y dépose, strate après strate, cédant la place à l'obscurité qui bat sous les côtes. L’au-delà ne peut être la destination ; il devient le reflet que l’on finit par traverser. L’ombre ne cherche plus à envelopper l’esprit : elle le rejoint, enfin.
Le seuil n'existe plus. Nous sommes la matière dont les ombres se nourrissent.